Editorial (Archive) Dr Rokia Sanogo
La valorisation des ressources de la médecine traditionnelle pour une vision africaine, sociale et solidaire de la santé communautaire.
Les réflexions de Aidemet Ong partent d’une analyse critique des politiques de santé menées au Mali, avec l’appui déterminant des Partenaires Techniques et Financiers. Même si, depuis 1991, l’emphase a été mise sur la participation des communautés à la prise en charge de leur propre santé, le modèle proposé est resté étranger aux habitudes, aptitudes et expériences quotidiennes des populations, lesquelles, en grande majorité (80% selon les estimations de l’OMS) continuent à utiliser pour se soigner la médecine traditionnelle.
Les barrières qui empêchent l’accès des populations au système de santé dit moderne sont d’ordre géographique, socio-économique et culturel. C’est pour cela qu’en dépit des efforts consentis, l’impact de ce système sur l’état de santé des populations reste très timide : par exemple, la mortalité infantile, entre 0 et 1 an de vie, pour les derniers dix ans, est de 96‰ ; la mortalité entre 1 et 5 ans est de 128‰. Globalement, 1 enfant sur 5 meurt avant d’atteindre l’âge de 5 ans (EDS IV, 2006). Il a été calculé qu’avec le rythme actuel, l’Afrique Sub-Saharienne ne remplirait l’Objectif de Développement du Millénaire concernant la mortalité des enfants avant l’année 2165 (MDG Center, Bamako, 2007). Par contre, les expériences de Aidemet Ong sur le terrain démontrent qu’à chaque fois qu’il a été possible de créer des rapports de collaboration franche et ouverte entre les acteurs de la médecine traditionnelle et moderne, les résultats sont positifs pour les deux systèmes et pour les populations.
Il s’agit de créer des alternatives sanitaires sociales et solidaires, ancrées aux réalités socioculturelles locales. Mais, pour ce faire, il est fondamental que le système moderne soit efficace et accessible et que le système traditionnel soit organisé et disposé à la collaboration. Quand on décide d’approcher les acteurs de la médecine traditionnelle, il faut le faire avec respect et attention, mais il faut aussi être disposés à les écouter et à travailler selon les priorités qu’eux-mêmes expriment, en utilisant ainsi au mieux toutes les ressources disponibles. Par ailleurs, dans le cadre de la décentralisation administrative et sanitaire, c’est dans les espaces communaux animés et participatifs que ce processus de collaboration organisé et évalué entre les deux médecines doit être expérimenté.
Aidemet Ong est en train d’essayer de le faire, avec le soutien de la Coopération Suisse, dans trois communes du cercle de Kadiolo, depuis 2004. Aidemet Ong a travaillé, entre autres, dans le domaine de l’implication des accoucheuses traditionnelles dans le système de prise en charge des urgences obstétricales (Kolokani, Bandiagara, Kadiolo) et de la prise en compte des ressources de la Médecine Traditionnelle dans la lutte contre le paludisme (Sikasso). Les résultats sont probants.
Mais la médecine traditionnelle est un thème essentiellement transversal : Aidemet Ong a aussi collaboré à un projet de restauration et d’utilisation durable d’espèces médicinales à Bandiagara et dans le District de Bamako, en impliquant les tradithérapeutes et les herboristes dans la sauvegarde de la diversité biologique et dans la promotion de l’économie sociale et solidaire. Aidemet Ong a pu présenter les résultats de ces expériences au niveau du dialogue politique, en participant ainsi à la définition et à la validation de la Politique Nationale de Médecine Traditionnelle, qui a été adoptée par le Gouvernement du Mali le 12 octobre 2005. Depuis le mois de mars 2007, avec le GP/SP, Aidemet Ong est engagé dans une campagne de promotion de sa mise en œuvre.
L’ambition de Aidemet Ong est de créer les bases pour la valorisation sociale et solidaire, au Mali et en Afrique, des pratiques de la Médecine Traditionnelle Africaine. Elles ont existés en Afrique bien avant l’arrivée de la médecine occidentale. Elles ont résisté à la colonisation, malgré les dispositions prises pour les marginaliser et les interdire. Peuvent-elles aujourd’hui résister aussi à la mondialisation ? Nous pensons que oui : réservoir de connaissances, de philosophies et de cosmogonies encore substantiellement inexploité, la médecine traditionnelle non seulement offre des possibilités de traitements efficaces et accessibles pour les pathologies prévalant dans les communautés, mais elle constitue aussi un héritage culturel profond et un moyen de relier les populations à leur propre histoire et à leur propre culture.
Intervention du Dr Rokia Sanogo, Présidente de Aidemet Ong, à la Conférence de Presse conjointe avec la FEMATH, réalisée à Bamako le 27 août 2007.
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